A Nevers au couvent Saint-Gildard ; la période active (1866-1872)

29 juillet 2016

En partant pour Nevers, Bernadette (sœur Marie-Bernard en religion) voulait se cacher, mais sa vie donnée témoignait de la vérité des apparitions à Lourdes ... en vivant « de tout » sauf de ce passé de voyante. Après un témoignage sur les apparitions donné au lendemain de son arrivée aux communautés des soeurs de la Charité et de l’Instruction Chrétienne de Nevers, il était convenu que les soeurs ne devraient plus parler des apparitions à Bernadette, et cette dernière sera à plusieurs reprises « exclue » des temps communautaires lorsqu’il s’agira de lectures relatives aux évènements de Lourdes. Surprenant ! Comment témoigner à la vérité sans parler de cette vérité ! C’est certainement dans cet abandon total à Dieu loin de ce qu’elle avait de plus cher que réside la sainteté de Bernadette. A plusieurs reprises, certaines sœurs pourront deviner derrière un silence, derrière quelques larmes qui perlaient, la déchirure de Bernadette loin de la Grotte et sans ce lien direct avec Marie qui surpassait tout autre bonheur. Mais il n’était pas question pour elle de s’épancher sur son propre sort ou de se centrer sur elle-même. Bernadette se reprenait très vite et a été un témoignage vivant pour tous. Elle rayonna à Nevers par son humilité, son obéissance, sa grande modestie et sa piété, sa gentillesse et son humour, sa force face à la maladie.

"Je suis venue ici pour me cacher" dit-elle à ses sœurs le 29 juillet 1866, jour de sa vêture marquant son entrée au noviciat. Elle aimait la solitude du noviciat. Elle avait demandé comme une grâce de ne pas aller au parloir. Quand, par la force des circonstances, elle devait y paraître, c’était pour elle un vrai sacrifice, et cette contrariété passait comme un éclair sur sa physionomie extrêmement mobile ; mais elle se rendait immédiatement à l’obéissance et, quelque fut le visiteur, elle se montrait toujours aussi simple, aussi modeste. Sœur Madeleine Ballet nous raconte : "Un jour [entre juillet et novembre 1867], sœur Marie-Bernard était assise sur le même banc que moi, à Sainte-Cécile. Nous prenions une leçon de calcul. Une chère sœur professe est venue dire à la petite sœur Marie-Bernard qu’on la demandait au salon. La pauvre novice rougit. Il lui coûtait de parler devant les personnages élevés en dignité. Néanmoins, elle se leva de suite et obéit immédiatement. Comme nous la regardions d’un air de compassion à cause de sa timidité, elle a prononcé cette parole que je n’oublierai jamais : « Coûte que coûte, il faut que je parle de ma Mère du Ciel. » Et son regard avait quelque chose de très extraordinaire." Et sœur Joseph Caldairou de dire à propos d’une (autre ?) sollicitation à la même période : "Je me souviens qu’appelée un jour par notre révérende mère générale, Bernadette me dit : « Dieu seul sait ce qu’il me coûte de paraître devant les évêques les prêtres, les personnes du monde. »"

"Ne vous mettez pas en avant" conseillait Bernadette à sœur Madeleine Bounaix : "Sœur Marie-Bernard avait le désir de passer inaperçue, ne supportant pas qu’on s’occupât d’elle et ne parlant jamais d’elle-même. J’ai senti plusieurs fois qu’elle ne supportait pas qu’on se mît en avant. Comme j’étais novice et sous sa dépendance, elle a eu l’occasion de me dire plusieurs fois : « Ne vous mettez pas en avant. »" Bernadette marquait les sœurs par son humilité, son obéissance, sa grande modestie, et sa piété, non pas une piété grimacière mais une piété aimable, simple, sans aucune singularité. Elle était très naturelle, sans aucune affectation. Elle était très régulière, ne manquait pas silence, mais était aux récréations d’une gaieté charmante. "Sœur Marie-Bernard ne se singularisait en rien, si ce n’est pour se montrer plus humble en cherchant à s’effacer et à passer inaperçue" dira d’elle sœur Lucie Boustie, et sœur Emilie Marsillac de compléter "Elle faisait comme tout le monde, mais mieux que tout le monde". Elle aimait à vivre cachée, oubliée. Elle ne parlait jamais d’elle-même des apparitions. Elle disait "Je ne suis bonne à rien, pas même à remplir un emploi". Sœur Bernard Dalias nous raconte ainsi son premier contact avec Bernadette le 16 mai 1867 : "Deux jours après mon arrivée à Nevers, j’exprimais à mère Bernard Berganot, qui m’y avait conduite, ma surprise attristée de ne pas encore connaître Bernadette. En ce moment, une toute jeune religieuse était, comme moi, auprès de la vénérable mère, et celle-ci me dit aussitôt : « Bernadette, mais la voilà ! » Je m’étais fait probablement un idéal plus compliqué de la chère voyante et un mot inconvenant, presque impertinent, m’échappa : « Ça ! » Aussitôt, avec un geste spontané et charmant, l’humble novice me tend sa petite main et me répond en souriant : « Mais oui, mademoiselle, ce n’est que ça ! » L’émotion confuse de mon acte dure encore." Sœur Victoire Girard nous raconte son premier contact avec Bernadette quelques années plus tard : "En 1871, au mois de février, le premier jour de mon arrivée à notre maison mère, à la récréation du soir, j’ai demandé à ma compagne qui se trouvait à côté de moi de me faire connaître sœur Marie-Bernard. Elle m’a répondu : « Oui. » J’en suis restée là jusqu’au lendemain. J’ai fait la même demande à une autre qui m’a dit : « Mais vous étiez hier soir à côté d’elle. » Alors j’ai compris sa grande humilité qui lui a refusé de me dire que c’était elle, et depuis elle m’a toujours impressionnée par son humilité, l’oubli d’elle-même, sa ferveur surtout en disant l’Ave Maria devant la Sainte Vierge et son recueillement dans la journée, car à la récréation, elle était très gaie." Si on mettait Bernadette en avant, elle se rebiffait. Mère Sophie Cresseil rapporte les propos suivants tenus entre le 1er et le 9 septembre 1871 : "Quelle idée avez-vous donc de moi ? Est-ce que je ne sais pas que si la sainte Vierge m’a choisie, c’est parce que j’étais la plus ignorante ? Si elle avait en trouvé une autre plus ignorante que moi, c’est elle qu’elle aurait choisie." Entre août et novembre de la même année, le trop de vénération à Bernadette faillit coûter à plusieurs novices de ne pas partager leur récréation avec sœur Marie-Bernard. Sœur Clémence Chassan raconte : "Un jour, nous étions plusieurs novices nous rendant à la récréation. Sœur Marie-Bernard descendait l’escalier. Nous attendîmes et nous lui fîmes un grand salut. Elle se fâcha et nous dit : « Puisque vous me rendez les honneurs que je ne mérite pas, je ne resterai pas avec vous pendant la récréation. » Et ce n’est pas sans peine que nous pûmes la conserver. Il fallut promettre d’être plus simples avec elle, ensuite, elle nous édifia par sa simplicité et sa gaieté ; ce qui nous faisait de la peine, c’est que la maladie la retenait trop souvent à l’infirmerie." Bernadette savait se moquer d’elle-même. Entre juillet et novembre 1867, elle riait de tout son cœur à la pensée qu’on la vendait en image à Lourdes pour dix centimes : "C’est bien tout ce que je vaux !" disait-elle. Un jour entre août et octobre 1868, à la récréation de midi, elle s’était mise au milieu des deux plus grandes novices. Sœur Emilienne Vallat raconte : "C’était ma sœur Eudoxie Jarrige et une autre. « Voyez ce que je suis », dit-elle en riant, « je puis bien me croire quelque chose avec ma petite taille. » Elle était très gaie à la récréation." Le 4 février 1868, Sœur Marie Mespoulet trouva Bernadette remettant sa cornette ; on l’avait envoyée se préparer pour être photographiée. Bernadette demanda à sa compagne si elle était convenable. Sur sa réponse affirmative, elle eut un mouvement d’impatience et froissa sa cornette. "Ce n’est pas bien, ce que vous faites", lui dit sa compagne. "C’est vrai, je vous demande pardon."

Notre-Dame des Eaux dans les jardins du couvent Saint-Gildard"Revoir la Grotte, une fois, une seule, pendant la nuit, quand personne ne saurait …" : en ayant quitté Lourdes, Bernadette avait fait le sacrifice des siens, mais ce qui lui faisait de la peine, c’était de ne plus voir la Grotte de Lourdes. "Je vous prie, mes bien chères sœurs, de vouloir être assez bonnes pour offrir quelques prières à cette intention pour moi quand vous irez à la Grotte. C’est là que vous me trouverez en esprit, attachée au pied de ce rocher que j’aime tant." Ecrivait-elle dès le 20 juillet 1866 aux sœurs de Lourdes. "La sainte Vierge, en l’appelant à Nevers, lui avait laissé au cœur un désir intense. Sans voiler les joies saintes du Thabor, il la retenait pourtant au Calvaire." disait sœur Bernard Dalias qui témoignait pour la période d’août à octobre 1869 : "Bien des fois, je l’ai surprise inondée de larmes. Mon regard l’interrogeait : « Oh ! » disait-elle très bas, « revoir la Grotte, une fois, une seule, pendant la nuit, quand personne ne saurait … » Puis la pensée du ciel arrivait vite et la promesse de l’éternelle joie, faite par la Vierge souriante, ramenait le sourire sur les lèvres de son enfant." A la même période, Sœur Bernard Dalias était chargée d’entonner le cantique avant l’offrande de la récréation. Elle raconte : "Sœur Marie-Bernard m’aborde un jour après la prière : « Entonnez quelques fois », me dit-elle : « ’je la verrai, cette mère chérie’. » A ce moment, ses yeux prirent une expression de désir et de tristesse indéfinissable, et je vis deux larmes y rouler." Le 2 octobre 1869, le Comte Lafond raconte qu’une dame de Nevers lui demanda : "N’avez-vous jamais revu la Vierge Marie depuis les dix-huit apparitions ?" De grosses larmes qui perlèrent sous ses épaisses paupières furent sa seule réponse, et le Comte Lafond d’ajouter "on comprend combien elle désire quitter cette terre pour revoir l’Immaculée." Le comte Lafond avait certainement bien senti l’attachement de Bernadette à sa maman du Ciel. Dans la semaine qui suit son arrivée à Nevers, elle disait à sœur Emilienne Duboé (l’une de ses 2 anges gardiens) : "Si tu savais comme la sainte Vierge est bonne !". Et le 15 août 1870, sœur Madeleine Bounaix lui disant "Oh ! Que la fête doit être belle au ciel, et que la sainte Vierge doit l’être aussi.", Bernadette lui répondait : "Ah ! oui, quand on l’a vue, on n’aime plus jamais la terre." Peu après le 15 août 1870, elle reçut une lettre de M. Peyramale, curé de Lourdes, dans laquelle se trouvait une photographie de la basilique. En la regardant, elle demanda à sœur Madeleine Bounaix "Connaissez-vous Lourdes ?". Sœur Madeleine Bounaix raconte la suite : "Sur ma réponse négative, elle me dit : « Tenez, voici la photographie de la basilique » et du doigt, me montra la Grotte. Je demandai : « Où étiez-vous quand la sainte Vierge vous a apparu ? » Elle désigna simplement l’endroit. J’ajoutai : « C’est un bien doux souvenir pour vous, ma chère sœur. » Elle prit un air grave, presque triste : « Oh ! oui, mais je n’avais aucun droit à cette grâce. »" Sœur Honorine Laffargue raconte pour la période entre août et novembre 1871 "J’étais à l’infirmerie. Comment cela se fit-il ? Je n’en sais rien, mais je me mis à parler de Lourdes (pas des apparitions pourtant). A un certain moment, sœur Marie-Bernard leva les yeux au ciel et s’écria : « Oh ! ma chère Grotte, je ne la reverrai jamais. » Cette exclamation me remit en mémoire la défense qui lui était faite. « Oh ! qu’ai-je fait ! » m’écriai-je. « Soyez tranquille, me dit-elle, je ne vous trahirai pas. »" Sœur Chantal Rivière raconte pour la période entre août et novembre 1871 : "J’ai vu sœur Marie-Bernard quelquefois. Elle était toujours d’une grande gaieté malgré ses souffrances habituelles, ce qui m’a bien édifiée. Mais ce qui m’a fait encore plus de bien, c’est une réflexion qu’elle fit un jour en nous rendant à Notre-Dame de Force pour ouvrir la récréation. Je lui entendis dire avec un accent indescriptible : « Oh ! Bonne mère, hélas ! le temps jadis n’est plus ! » Elle faisait allusion aux apparitions dont elle avait été si grandement favorisée ; elle le dit tout bas, mais me trouvant à côté d’elle, je l’entendis fort bien. Il y a bien longtemps de cela, je ne l’ai jamais oublié." Début septembre 1872, sœur Julie Heu se trouve à la maison-mère pour la retraite des vœux perpétuels [qui eurent lieu le 8 septembre] elle raconte : "je rencontrai sœur Marie-Bernard en compagnie de mère Stanislas Crosnier et de deux sœurs de Lourdes. Je lui remis, de la part de ma supérieure, une gravure représentant la sainte Vierge et une enfant à genoux devant elle, la regardant avec un air de bonheur. En voyant cette image, sœur Marie-Bernard lève les yeux au ciel, sa figure s’anime et son regard inexprimable semble traverser les espaces. Que se passe-t-il dans son cœur ? (…) Bientôt, une larme vint humecter sa paupière et, nous regardant, elle nous dit avec émotion : « C’est ainsi que nous devrions toujours être avec la sainte Vierge, comme une enfant près de sa bonne mère. »"

"Allez, quand on obéit, on ne se trompe pas, obéissez avec joie toujours." disait Bernadette en septembre 1868 (parole rapportée par Louise Brusson). Tout était abandon chez Bernadette, et l’abandon commençait par l’obéissance. Bernadette avait fait profession pendant la messe du dimanche 30 octobre 1867 juste avant la communion tandis que Mgr Forcade, évêque de Nevers, lui tendait le Corps du Christ :
(Formule de profession d’après un fac-simile autographe de Bernadette :
Je, sœur Marie-Bernard Soubirous, m’oblige et promets à mon Dieu tant que j’aurai le bonheur d’être dans la Congrégation des sœurs de la charité et Instruction chrétienne établie à Nevers, sous l’autorité de Monseigneur l’évêque, de remplir les engagements des vœux de pauvreté, chasteté, obéissance et charité, en la manière qu’ils sont expliqués dans la règle des sœurs ; je prie notre Seigneur Jésus-Christ, par l’intercession de la très sainte Vierge ma bonne mère de me donner grâce pour les parfaire et accomplir. Ainsi soit-il.
Sœur Marie-Bernard Soubirous
)
Sœur Bernard Dalias se souvient de la profession de Bernadette : "J’ai un souvenir très vivant de la voix de sœur Marie-Bernard au moment où elle prononça la formule des vœux. Son accent était ferme et doux, sans aucune affectation ; à la tribune, les chanteuses émues retenaient leur souffle pour mieux écouter." L’après-midi au cours de la cérémonie des obédiences, l’évêque de Nevers, Mgr Forcade, distribuait à chaque nouvelle professe une affectation ; Bernadette fut appelée la dernière. Sœur Eugénie Calmes résume ainsi ce dernier moment : "En finissant la distribution des obédiences, Mgr Forcade, de sainte mémoire, se tournant vers notre vénérée mère Joséphine Imbert, lui dit : « Je ne donne pas d’obédience à sœur Marie-Bernard, qui serait incapable de remplir le moindre emploi dans une maison. Vous l’utiliserez à la maison-mère comme vous pourrez. » Si je ne rapporte pas exactement les paroles mêmes de monseigneur, elles sont synonymes. Comme d’autres compagnes ont pu les entendre, leur mémoire sera peut-être plus heureuse que la mienne." Et Sœur Eugénie Calmes de continuer : "Je sais que sœur Marie-Bernard en fut très humiliée. Elle nous l’a avoué à la récréation, tout en reconnaissant elle-même l’incapacité imaginée dont Sa Grandeur l’avait jugée. Pour mon compte, je compris qu’elle avait senti l’humiliation plus que l’entourage aurait pu le supposer. Néanmoins, elle en fit un acte de vertu par son égalité d’humeur et son amabilité qu’elle a conservées quand même."

"Pénitence, pénitence, pénitence. Priez pour les pécheurs" : Bernadette avait fait sienne cette parole prononcée par Marie le 24 février 1858 lors de la 8e apparition. Sœur Emilie Marcillac nous raconte : "La vénérable était bien peinée quand on lui parlait du mal commis dans le monde. Elle priait beaucoup pour les pêcheurs et recommandait de le faire. Elle disait : « Dieu est si offensé ! » Il me semble avoir été témoin de sa peine quand elle apprenait les péchés commis par les hommes. … La vénérable avait à cœur le salut des âmes … Elle priait beaucoup et faisait prier pour la conversion des pécheurs. Il me semble qu’elle m’a fait à moi-même cette recommandation, et j’ai entendu dire qu’elle la faisait à d’autres." Le comte Lafond nous rapporte cet échange entre le 14 novembre 1870 et la fin de la même année, alors que les Prussiens sont à proximité et qu’on craint qu’ils occupent la ville : "Le chevalier Gougenot des Mousseaux qui vit Bernadette à cette époque, lui fit les questions suivantes : « Les Prussiens sont à nos portes ; est-ce qu’ils ne vous inspirent pas quelque frayeur ? » « Non. » « Il n’y aurait donc rien à craindre ? » « Je ne crains que les mauvais catholiques. » « Ne craignez-vous rien autre chose ? » « Non, rien. »" Et Sœur Madeleine Bounaix de recevoir ces paroles de Bernadette en juin 1871 : "Nous aurions plus lieu de pleurer que de nous réjouir en voyant notre pauvre France si endurcie et si aveugle. Que notre Seigneur est offensé ! … Prions beaucoup pour ces pauvres pécheurs, afin qu’ils se convertissent, après tout ce sont nos frères … Demandons au Seigneur et à la très sainte Vierge de vouloir bien changer ces loups en agneaux." Mais Bernadette était aussi une source de conseils avisés pour ses sœurs. Sœur Vincent Garros nous en cite plusieurs : de l’importance du pardon : "Souvent, elle donnait le conseil de pardonner, de ne pas oublier la demande du Pater : ’Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons’. Je ne lui ai jamais demandé si elle avait des peines, je n’osais pas mais je conclus, de ces paroles, qu’elle mettait en pratique ce qu’elle conseillait." ; de l’importance de Saint-Joseph : "Je sais que, parmi les saints, la vénérable avait une dévotion particulière à saint Joseph. Elle redisait ces invocations : « Faites-moi la grâce d’aimer Jésus et Marie comme ils veulent être aimés. Saint Joseph, priez pour moi. Saint Joseph, apprenez-moi à prier. » Elle me disait à moi : « Quand on ne peut pas prier, on s’adresse à saint Joseph. »" Deux petits conseils qui pourraient prêter à sourire sont encore rapportés par Sœur Vincent Garros : "Elle me dit aussi : « Quand tu passes devant la chapelle, n’ayant pas le temps de t’arrêter, charge ton ange gardien de porter tes commissions à Notre-Seigneur au tabernacle. Il les portera et ensuite aura le temps de te rattraper. »" Et à propos de la bonne communion : "Dans une autre circonstance, elle me dit : « Il faut bien recevoir le bon Dieu : nous avons tout intérêt à lui faire un bon accueil, un gracieux accueil ; car alors il faut qu’il paye le loyer. »" Bernadette insistait aussi pour qu’on agisse pour Dieu et non pour nous-même. Sœur Justine Vergeade finissant un travail à l’infirmerie et fière de ce travail réalisé nous raconte comment Bernadette l’avait reprise : "Tu entends ? Tu as bien soigné les boules parce qu’on les voit, mais le travail qu’on ne voit pas, le travail qui reste caché et que le bon Dieu est seul à voir, est-ce que tu l’as fait aussi bien ?" Et sœur Vincent Garros nous transmet encore quelques échanges avec Bernadette : "Elle cherchait à répandre l’esprit de foi autour d’elle, en excitant ses compagnes à agir pour Dieu et jamais pour la créature. Elle me disait qu’avant chaque action, il faut purifier son intention. Je lui disais que c’était difficile. Elle me répondit : « Il faut le faire, parce qu’on les fait mieux et elles coûtent moins à faire. »" et "Quand nous avions fait quelque ouvrage bien réussi, elle nous disait de ne pas en tirer vanité, que Dieu se servait de nous comme d’un instrument et qu’il ne fallait pas s’attendre à un compliment quand on remettait son travail à la maîtresse, autrement on perdait ses mérites."

"Il faut venir à l’infirmerie et je vous soignerai" : aide infirmière dès le début de son noviciat (31 octobre 1867 - fin 1869), puis infirmière de facto (sans jamais avoir été nommé officiellement à ce poste) avec la dégradation de l’état de santé de sœur Marthe Forest puis avec la mort de cette dernière à l’automne 1872, elle en sera déchargée le 30 octobre 1873 pour raison de santé. A l’époque, l’infirmerie n’était composée que de 4 (très grandes) chambres communes aux novices et aux professes (Sainte-Catherine, Saint-Joseph, Sainte-Brigitte et Sainte Ludivine) et d’une tisanerie au 1er étage. Une pharmacie au rez-de-chaussée permettait à l’infirmière de préparer les remèdes prescrits par le médecin. L’infirmerie Sainte-Croix n’a été créée qu’en 1878 pour les professes ; Bernadette y mourra le 16 avril 1879. Présente pendant la période active de Bernadette au noviciat [2 février-30 octobre 1867], sœur Liguori Mazières témoigne : "Chargée des soins à donner aux sœurs malades des infirmeries, elle s’est toujours montrée très douce, bonne, souriante, malgré la fatigue qu’elle éprouvait elle-même, et, s’il lui arrivait d’être en retard, à la réunion du noviciat, elle se mettait à genoux et baisait la terre avec un profonde humilité, sans chercher à s’excuser. Après, elle reprenait sa place au milieu de nous qui étions heureuses de vivre à ses côtés. Sa modestie, son sourire céleste, son air souffreteux la faisaient aimer et respecter de toutes ses compagnes." Sœur Eudoxie Chatelain se souvient que début août 1872 "Bernadette … arrivait [à l’infirmerie] le matin vers sept heures trois quarts. Elle s’informait de notre état et nous servait le déjeuner qu’une novice apportait de la cuisine. Elle passait d’une infirmerie à l’autre sans avoir le temps de s’assoir et de travailler sur une chaise. De temps en temps elle nous disait un mot de piété, par exemple : « Aimez bien le bon Dieu, mes enfants, Tout est là. »" Bernadette n’hésitait pas à reprendre gentiment les uns ou les autres. Sœur Pélagie s’en souvenait bien "Pendant mon noviciat et mon séjour à l’infirmerie [en 1869], j’ai eu le bonheur d’être soignée par l’heureuse protégée de Marie-Immaculée. Je manquais souvent au silence, disant des riens, des plaisanteries ; tout doucement, elle me rappela à l’ordre, m’appelant : « Dissipée ! »". Sœur Angèle Lompech se souvint d’un épisode en mai 1871 : "Je sais, pour l’avoir expérimenté moi-même, qu’elle était très bonne pour les malades ; qu’elle les soignait avec beaucoup de dévouement. Un jour, elle m’aperçut avec des gerçures saignantes aux mains et me dit : « Vous me faites honte avec de telles mains ; il faut venir à l’infirmerie et je vous soignerai. » Pendant quelques jours, je montai en effet à l’infirmerie. Elle mit du miel sur mes mains et quelques jours après j’étais guérie." Elle aimait plaisanter avec beaucoup de gentillesse. Louise Brusson se souvient des soins de Bernadette durant l’hiver 1867-68 : "Elle m’a soignée avec beaucoup de douceur et de charité. Elle me plaçait des sinapismes et des vésicatoires. Comme je me plaignais, elle me disait aimablement : « Allons, mon gros Augustin, c’est pour le bon Dieu ; il faut souffrir pour Lui ; il a assez souffert pour nous. »" De son passage à l’infirmerie entre août et octobre 1869 sœur Bernard Dalias nous dit : "Aussi adroite qu’empressée, sœur Marie-Bernard avait encore un mot aimable et souvent spirituel pour faire accepter un remède : c’était une joie pour les malades d’être soignées par elle. J’ai couché trois mois à l’infirmerie et n’ai jamais vu ni entendu que des choses édifiantes, charitables et élevées, de la part de la servante de Dieu." Le chanoine Guynot nous rapporte un autre souvenir de sœur Bernard Dalias sur la même période : "[Bernadette avait de] petits accès d’espièglerie (…). Un jour, il lui arriva de tutoyer sœur Bernard [Dalias] et de l’interpeller au masculin en jouant sur son nom : « Mon pauvre Bernard, tu n’en peux plus ; tu es à moitié cuit. »" Sœur Angèle Lompech nous rapporte un souvenir de mai 1870 : "Pendant mon postulat, je souffrais aux yeux d’une conjonctivite. Ce fut aussi la vénérable qui me soigna. Comme je suis grande, et comme elle était petite, elle montait sur une chaise en disant : « Voilà ce que c’est que d’être petite. » Et elle versait avec un compte-gouttes et faisait tomber une goutte de collyre dans chaque œil, ce qui me faisait pleurer ; alors, elle me disait : « Comment, je vous donne une goutte, et vous, vous m’en donnez plusieurs. » Elle disait cela avec beaucoup d’amabilité." Mais Bernadette pouvait être confrontée à des situations plus délicates. Sœur Joseph Ducout nous rapporte un épisode du 12 octobre 1871 "Ayant été désignée une nuit pour veiller une sœur presque mourante, mère Dosithée [Vielcazal], je fus à une moment donné très embarrassée pour soigner la malade qui se trouvait fortement agitée et très troublée par la pensée de la mort. Ne sachant que faire, j’allais trouver la vénérable alors infirmière et lui demandais de bien vouloir se lever et de venir auprès de la malade. Elle se leva et vint aussitôt ; elle me dit : « Nous allons lui donner de l’eau de Lourdes et prier pour elle. » Ce que nous fîmes. Instantanément la malade fut calmée, physiquement et moralement. Elle mourut deux heures après dans le plus grand calme."

"Mon Jésus !" : Bernadette savait la force de la prière ; elle avait été à bonne école avec Marie ! Son signe de Croix édifiait. Sœur Vinent Garros nous décrit une petite remontrance faite par Bernadette entre août et octobre 1871 : "J’ai remarqué la manière dont elle faisait le signe de la croix. Il était large et elle le faisait avec lenteur et respect. Elle remarqua que je le faisais trop vite. Elle m’en reprit aimablement, me faisant observer que c’était mal : « Il semble », me disait-elle, « qu’il te tarde de voir l’exercice terminé. »". Son intimité avec le Christ était sa force dans les épreuves, notamment face à la maladie. Sœur Emilie Marcillac se souvient bien de sa première période de maladie (mi-août - octobre 1866) qui lui valut de faire sa profession "in articulo mortis" le soir du 25 octobre 1866 : "Pendant ses crises d’asthme, des quintes de toux lui déchiraient la poitrine ; malgré les vomissements de sang et les étouffements, elle ne laissait échapper aucune plainte, aucun murmure. Je l’entendais seulement prononcer le nom de Jésus. Quand elle avait dit : « Mon Jésus », elle regardait son crucifix, et il y avait dans ses yeux quelque chose d’inexprimable, mais qui disait beaucoup. J’étais édifiée et je ne pouvais m’empêcher de dire : « C’est une sainte. »" Elle ne se plaignait pas ! Sœur Vincent Garros se souvient d’un échange avec Bernadette en septembre 1871 : "Etant au noviciat, je disais à la vénérable qui était malade à l’infirmerie : « Vous souffrez beaucoup, n’est-ce pas ? » Elle me répondit : « Eh ! Que veux-tu ? La sainte Vierge m’a dit que je ne serai pas heureuse en ce monde, mais dans l’autre. » La vénérable m’a tutoyée jusqu’à ma profession." Sœur Joseph Ducout témoigne pour plus ou moins à la même période (août-novembre 1871) : "La vénérable avait une très grande force de caractère. Elle ne s’est jamais découragée ; au contraire, les grandes difficultés l’attachaient d’avantage à Dieu. Je l’ai vu souffrir moralement et physiquement. Dans ses souffrances, elle n’avait jamais un mot pour exprimer de la peine. Elle prenait son crucifix, le regardait, et c’était tout." Mais son intimité avec le Christ dans la prière n’était pas restreinte à ses périodes de maladie. Louise Brusson nous rapporte pour la période d’août à octobre 1867 : "J’ai vu la vénérable faisant sa méditation à la chapelle et j’ai remarqué son grand recueillement ; d’ailleurs toutes les sœurs pouvaient le remarquer comme moi. Souvent, je l’ai vue regarder son crucifix et dire : « Mon Jésus ! »" Le 24 décembre 1871 Bernadette ne quitta la chapelle après la messe de minuit qu’au moment où la chapelle fut fermée comme en témoigne sœur Victoire Cassou : "En 1871, nos supérieures m’avaient changée de maison, et j’étais désolée. Sœur Marie-Bernard qui avait le talent de relever et de réconforter les affligés me consola et trouva le moyen de me remonter. C’était la veille de Noël. Elle me dit : « Pour la messe de minuit, vous vous mettrez à côté de moi ? Il y a de la place. » J’en fus très heureuse. Il me fut donné alors de constater combien elle était pieuse et recueillie. Renfermée dans son voile, rien ne put la distraire. Après la sainte communion, elle entra dans un recueillement si profond que tout le monde sortit sans qu’elle parût s’en apercevoir. Je restai à côté d’elle car je n’avais aucune envie d’aller au réfectoire avec mes compagnes. Je la contemplai longuement sans qu’elle s’en aperçût. Sa figure était rayonnante et céleste comme pendant l’extase des apparitions. Lorsque la sœur chargée de fermer les portes de l’église vint remplir son office, elle agita les verrous avec force. C’est alors que Bernadette sortit de cet état qui ressemblait à celui de l’extase. Elle quitta la chapelle et je la suivis. Et sous le cloître, elle se pencha vers moi et me dit doucement : « Vous n’avez rien pris ? (au réfectoire). » Je lui répondis : « Vous non plus. » Elle se retira silencieusement et nous nous séparâmes."

"Je prierai pour vous" : il avait été fait défense aux sœurs de se recommander aux prières de Bernadette. Et pourtant … combien de sœurs ont enfreint cette règle ou l’on contournée de manière habile. Et cela a commencé très tôt. Sœur Charles Ramillon raconte : "Le jour même de notre prie d’habit, le 29 juillet 1866, je lui dis, en allant à la chapelle : « Sœur Marie-Bernard, disons un Ave Maria l’une pour l’autre, pour obtenir la persévérance. » Sa réponse affirmative me rendit heureuse, et lorsque nous eûmes revêtu le saint habit, revenues à nos places, elle se tourna vers moi et me murmura : « L’Ave Maria ! » Nous nous mimes à l’œuvre et je me souviens d’avoir commencé ainsi ma prière : « Ma bonne Mère, je vais réciter cet Ave uniquement par manière d’acquit, puisque vous lui avez assuré son salut. Mais exaucez sa prière que sœur Marie-Bernard vous adresse pour moi ! »" Un an plus tard, à la fin de leur noviciat, Bernadette elle-même tirait sœur Alphonse Sempe d’embarras : "En quittant le noviciat, j’allais l’embrasser et lui dire adieu. Je désirais beaucoup me recommander à ses prières. La défense était formelle, je ne l’osais. Mais sa bonté naturelle me tira vite d’embarras, et elle me dit : « Vous prierez pour moi, ma bonne sœur Alphonse. » « Certainement, mais à condition que vous le ferez aussi pour moi. » Et avec l’assurance certaine de son bon souvenir, je m’éloignais, le cœur consolé par cette douce promesse." D’autres sœurs ne s’embarrassaient pas de précautions. Ainsi, sœur Madeleine Bounaix lui demandait directement le 15 août 1870 : "Ma chère sœur, vous prierez pour moi aujourd’hui ?", question à laquelle Bernadette répondait "Oui, mais à une condition, c’est que vous en ferez autant pour moi, car tout le monde a besoin de prières." Bernadette pouvait spontanément accompagner les épreuves des uns ou des autres par sa prière, comme nous le raconte sœur Bernard Dalias : "Elle encourageait dans les peines, et cela, avec une discrétion d’ange gardien. Jamais de question, de geste, ni de regard pour provoquer une confidence. Un mot, un « Je prierai pour vous » laissait croire qu’elle devinait votre épreuve et s’emploierait devant Dieu à l’adoucir." On lui confiait des intentions pour d’autres personnes, comme sœur Julie Heu en septembre 1872 : "Je lui demandais d’avoir la charité de prier pour ma propre sœur qui était mourante du typhus, condamnée par plusieurs médecins ; depuis quatre jours, elle ne voyait plus, n’entendait plus, ne parlait plus, elle avait reçu les derniers sacrements, on attendait ses derniers moments. Elle me promit de prier ; trois jours après, je la rencontre à la petite grotte de Notre-Dame des Eaux, je lui demande un Ave Maria, elle le dit de suite. Trois jours plus tard, on m’écrivait que ma sœur était en convalescence. Je cherchai en vain ma charitable sœur Marie-Bernard pour la remercier et lui annoncer la bonne nouvelle : elle s’était cachée dans la solitude." Probablement au début du siège de Paris fin 1870, le frère de sœur Madeleine Pechauzet vient de partir pour Paris comme mobile ; elle reste 5 semaines avec leur maman, veuve depuis 8 ans avant d’être rappelée à Nevers car sa supérieure s’y trouvait. Elle témoigne en 1908 : "J’avais entendu parler de Bernadette, mais je ne la connaissais encore pas ; je désirais beaucoup faire sa connaissance, car j’avais promis à ma mère de lui recommander mon frère. Je saisis la première occasion pour le faire, lui disant que ma pauvre mère en avait bien besoin. Elle réfléchit un moment puis me dit : « Priez beaucoup, votre frère ne mourra pas, vous pouvez le dire à votre mère. » Mon frère vit encore."

"Ne pleurez pas, mademoiselle, le bon Dieu veut que vous soyez religieuse" : Bernadette a eu à cette époque une véritable grâce pour entrevoir certains évènements à venir. Elle lui a permis de rassurer plusieurs personnes. Le chanoine Guynot nous retrace le passage d’Annette Basset arrivée le 1er juillet 1865 au couvent Saint-Gildard et qui en repart le 3 septembre 1866 : "Anna [sic pour Annette] était venue de Gouttières dans le Puy de Dôme, à Saint-Gildard, en 1878 [sic pour 1865]. A peine arrivée, elle tombe malade et devient la compagne d’infirmerie de sœur Marie-Bernard. Le lit de cette dernière se trouvant en face du sien, elle a toute facilité d’observer la sainte et elle n’y manque point … Mais la santé d’Anna tardait à revenir. Le docteur Robert [Sain-Cyr] dans la sévérité était proverbiale, jugea qu’il fallait rendre la jeune fille à son pays natal … Tout en larmes, elle s’approche de la sainte et lui confie son angoisse. Celle-ci se recueille un instant, puis, mettant la main sur l’épaule d’Anna [sic pour Annette] dit : « Ne pleurez pas, mademoiselle, le bon Dieu veut que vous soyez religieuse ; vous le serez dans une autre congrégation ».". Elle guérit, devint sœur Berthillie chez les sœurs de Cluny et fit une longue carrière de 58 années de profession. Louise, la maman de Bernadette, meurt le 8 décembre 1866, jour de la fête de l’Immaculée Conception. Bernadette l’apprend le 10 ou le 11 décembre. Sœur Marcelline Lannessans nous fait part de la réaction de Bernadette : "Lorsque sa mère fut morte, pour ne pas l’impressionner, on lui annonça que sa mère était malade. Elle comprit qu’on lui cachait la vérité et que sa mère devait être morte. Elle demanda la permission d’aller prier à la chapelle pour faire, sans doute, le sacrifice douloureux. Elle revint ensuite à l’infirmerie, résignée mais toujours avec la pensée que sa mère était morte. On finit par lui dire la vérité. Elle demanda alors le jour de cette mort. On lui répondit que sa mère avait succombé le 8 septembre [sic pour décembre], pendant la procession en l’honneur de la sainte Vierge. Elle fit cette simple réponse que j’ai bien retenue : « Tant mieux, car elle est au ciel. »" Le 30 octobre 1867, mère Joséphine Imbert met Marie de Wint en contact avec Bernadette : "Comme je voulais me faire religieuse, la mère générale (mère Joséphine) m’avait mise en rapport avec Bernadette. Le jour de ses vœux, je lui demandai de prier pour moi. Elle me le promit. Après la cérémonie, nous nous sommes revues. Bernadette me dit alors : « Vous serez religieuse, mais pas chez nous. » Sur ce, je me suis récriée, lui demandant pourquoi et où ? « Je ne sais pas où », me dit-elle, « mais vous seriez trop heureuse avec nous, et vous aurez bien à souffrir où vous serez. ». Elle m’a dit encore quelque chose de plus intime et m’a promis le secours de ses prières." (lettre du 22 novembre 1908). Marie de Wint et devenue Marie de Sainte Magdeleine chez les "religieuses de la Mère de Dieu". Le 4 février 1869, sœur Josph Ducour arrive au Noviciat : "Etant venue au noviciat sans le consentement de mon père, il m’en garda rancune et ne pratiqua aucun de ses devoirs religieux, ce que d’ailleurs, il faisait déjà auparavant. Le jour même de mon arrivée au noviciat, la vénérable à qui je confiai ma peine me dit : « Consolez-vous, sans doute vous ne verrez plus votre père, mais il mourra saintement. » Effectivement, vingt-cinq ans après, mon père mourut très chrétiennement et monsieur le curé de la paroisse m’en a rendu témoignage et m’a complètement rassurée." En mai 1870, Sœur Angèle Lompech reçoit des nouvelles alarmantes : "Un matin, notre maîtresse me fait appeler dans son cabinet, m’annonce que maman était à l’extrémité. Un de mes oncles m’écrivait. Mon chagrin était doublement grand. Il fallait quitter le noviciat. Quelques instants après cette entrevue, je me rends à mon emploi et dans le cloître, je rencontre sœur Marie-Bernard qui, me voyant toute en larmes, approche et me demande la cause de mon chagrin. Je lui fais part de la triste nouvelle. Aussitôt, Bernadette me prend les mains et en me regardant me dit d’un ton d’assurance que je n’ai jamais oublié, même après les trente-sept années écoulées : « ne pleurez pas, mademoiselle, la sainte Vierge la guérira ! » et me quitte." Elle complète dans un autre témoignage : "Les premiers courriers m’apportèrent la nouvelle qu’il s’était produit une crise bienfaisante et que la malade était en convalescence. Je sus plus tard que c’était à l’heure même où sœur Marie-Bernard m’avait parlé." Fin juillet 1870, la supérieure de l’Hôtel-Dieu de Villefranche est à Nevers. Sœur Eugénie Genty témoigne "En 1870, la bonne mère Cécile [Jean] est allée à la communauté pour faire sa retraite, et elle a raconté sa peine à sœur Marie-Bernard, en lui disant de prier à cette intention et, en repartant pour Villefranche, elle lui renouvela sa demande de prier. Alors sœur Marie-Bernard lui dit doucement : « Soyez tranquille, ma bonne mère, vous trouverez la source. » Et en effet, l’administration fit faire de nouvelles recherches et tout de suite, on découvrit une abondante source dans le jardin. La bonne mère y fit mettre une petite statue de la très sainte Vierge qu’on y voit encore, et la source n’a pas tari." Déjà à Lourdes, Bernadette voyait dans Julie Garros (de 6 ans sa cadette) une future religieuse. Devenue sœur Vincent Garros, elle témoigne : "A Lourdes, la vénérable m’avait dit : « Tu seras religieuse. » « Moi, religieuse ? Sœur de Nevers ? Jamais ! » J’en disais autant à M. Pomian, notre aumônier. A dix-sept ans, je sentis que la vocation venait et je n’en voulais pas. A dix-huit, dix-neuf ans, je n’osais pas dire à M Pomian que je voulais me faire religieuse, mais il le devina bien. Enfin, sur ses conseils, je me décidai à entrer chez les Sœurs de Nevers. A mon arrivée, sœur Marie-Bernard m’apercevant me dit : « Ah ! te voilà, mauvais sujet ? Tu as enfin cédé ! » Sa prédiction s’était réalisée." Peu après le 6 mai 1872, Bernadette est amenée à rassurer une postulante de 29 ans comme nous le raconte le chanoine Guynot : "Un jour de mai 1872, la maison-mère reçut une postulante de vingt-neuf ans dans des conditions singulières. C’était la fille d’un magistrat de Beauvais, Jeanne-Isabelle du Rais, qui, profitant d’une fête de famille, s’était enfuie du logis paternel, accompagnée de sa femme de chambre. Elle se présenta au parloir à la façon d’une échappée de bal, en robe de soirée, avec les atours un peu extravagants de l’époque, et demanda humblement une petite place au noviciat. L’aventure fit quelque bruit à Nevers comme à Beauvais. Le père suivit de près la fugitive, résolu à la ramener de gré ou de force (…). Isabelle se crut perdue. Mais Bernadette la rassura : « Le bon Dieu vous veut ici ; il saura bien vous maintenir, malgré toutes les oppositions. » Et en effet, le courroux paternel tomba peu à peu, et tout ce bruit d’orage prit fin. Ce fut le point de départ d’une solide amitié entre l’ancienne bergère de Bartrès et la brillante demoiselle de Beauvais."